« La panthère des neiges » de Sylvain Tesson

Sylvain Tesson est un homme qui a la bougeotte. Il ne peut rester en place. Les récits de ses voyages, de ses marches, de ses traversées en témoignent.

Rester à l’affût pendant des jours par des températures de -30° sur les plateaux du Haut Tibet aurait dû lui être particulièrement difficile. Mais il avait un but : voir la panthère des neiges qu’il associait à sa mère défunte et à l’amour perdu d’une jeune femme.

Comme à son habitude, les pages de son récit sont ponctuées de réflexions personnelles, de descriptions de la Nature empruntes de poésie ainsi que de réflexions philosophiques.

Le comportement de l’homme : « La majeure partie de la Terre n’était pas ouverte à notre race. Faiblement adaptés, spécialisés en rien, nous avions notre cortex pour arme fatale. Elle nous autorisait tout. Nous pouvions faire plier le monde à notre intelligence et vivre dans le milieu naturel de notre choix. Notre raison palliait notre débilité. Notre malheur résidait dans la difficulté de choisir où demeurer. »

 » La dégradation du monde s’accompagnait d’une espérance frénétique en un avenir meilleur. Plus le réel se dégradait, plus retentissaient les imprécations messianiques. Il y avait un lien proportionnel entre la dévastation du vivant et le double mouvement d’oubli du passé et de supplique de l’avenir. »

Le comportement des animaux peuplant ces contrées :  » (…) un loup surgit. Il trottait le long du talus, cou projeté. Il tourna la tête sans ralentir l’allure, pour s’assurer que nous ne faisions pas de mouvement vers lui. (…) Au même instant, déboula une centaine d’ânes sauvages, à la course. Ce fut un ballet lent sur une scène géante. Les mouvements de chacun suivaient l’axe d’une chorégraphie : le loup trottait, les ânes couraient, ils passèrent à une cinquantaine de mètres d’un groupe d’antilopes chirous et d’un troupeau de gazelles procapra immobilisé dans les oyats. Chaque troupeau de frôlait, aucun ne se mêlait aux autres et les ânes filèrent sans déranger personne. Chez les bêtes, on voisine, on se supporte, mais on ne copine pas. Ne pas tout mélanger : bonne solution pour la vie en groupe. »

Et enfin la patience :  » J’avais appris que la patience était une vertu suprême, la plus élégante et la plus oubliée. Elle aidait à aimer le monde avant de prétendre le transformer. Elle invitait à s’asseoir devant la scène, à jouir du spectacle, fût-il un frémissement de feuille. La patience était la révérence de l’homme à ce qui était donné. »

Lire « La panthère des neiges » après la période de confinement nous interpelle encore plus profondément.

Sylvain Tesson fait référence souvent aux enseignements du Tao. Celui-ci m’a particulièrement interpellée :

« Devant l’agitation fourmillante des êtres ne contemple que leur retour. Les êtres divers du monde feront retour à leur racine. Faire retour à la racine, c’est s’installer dans la quiétude. »

Lire Sylvain Tesson, comme toujours, fait du bien à l’âme.

La panthère des neiges par Tesson

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