« Le prénom de mon oncle » de Marjolijn van Heemstra Editions 10-18

Je remercie les Editions 10-18 pour l’envoi de ce roman.

Parce que sa grand-mère avait oublié de lui acheter un cadeau pour ses 18 ans, la narratrice avait reçu d’elle la bague de son grand-oncle portant les armoiries de la famille. Elle promit aussi ce jour-là d’appeler son premier fils Frans comme ce grand-oncle, héros de la Résistance.

La jeune femme connaît l’histoire de cet homme dont sa famille raconte volontiers la légende : après avoir appartenu à la Résistance pendant la guerre, il n’a pas supporter de voir qu’un collaborateur nazi vivait impunément à Amsterdam. Il a donc fait exploser son immeuble en 1946.

Seulement voilà : arrivée à la trentaine, la jeune femme attend son premier enfant. Si pour elle le prénommer comme son grand oncle coule de source elle se heurte aux objections de son conjoint.

Afin de lui prouver que le choix de Frans est le bon, que donner à un enfant le prénom d’un héros sera un atout et forgera sa personnalité, la narratrice démarre une enquête sur ce grand-oncle.

Des récits familiaux aux archives nationales, ce n’est pas réellement l’histoire à laquelle elle s’attendait que la jeune femme va faire remonter au grand jour. De la légende familiale transformant les faits pour les rendre supportables et permettre aux descendants de vivre à la réalité des faits, il y a parfois un abîme.

Un abîme qui se creuse alors que dans le même temps la jeune femme s’élargit, gonfle, se remplit de son enfant grandissant en elle.

Ce roman porte, à mon sens, deux interrogations.

La première : peut-on toujours juger avec notre regard d’aujourd’hui des faits relevant du passé ? :  » Cette affaire se situe à la frontière de l’illégalité et au tournant d’une époque, dit le major Baak. Où l’illégalité commence-t-elle ? Où finit-elle ? Finit-elle à la Libération ? Ces hommes ont agi dans la clandestinité et l’illégalité durant des années ; c’était le seul mode de fonctionnement possible, et c’est ainsi qu’ils ont continué à procéder après la guerre. Dans quelle mesure peut-on décréter punissables des actes qui, s’ils avaient été commis un an plus tôt, leur auraient valu d’être décorés ? « 

La seconde : la mère qui attend son futur enfant ignore tout de la personne adulte qu’il deviendra :  » Pour la première fois, je songe à la mère du cousin à la bombe. Aux mois durant lesquels elle l’a porté dans son ventre, l’été de 1909. Quel avenir a-t-elle espéré pour son fils ? Qu’il devienne meilleur et plus intelligent qu’elle…Qu’il réalise ce qu’elle n’avait pas pu réaliser. Qu’il devienne un être neuf et indispensable, l’être le plus accompli de la création, ou à tout le moins un corps chaud et roucoulant qu’une femme serrerait un jour dans ses bras et sur lequel, plus tard, elle pourrait s’appuyer… Une mère s’attend à tout, mais pas à ce que son fils devienne un meurtrier. »

J’ai beaucoup apprécié la lecture de cette enquête familiale.

Le prénom de mon oncle


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