» Les os des filles » de Line Papin Editions Stock

C’est le titre de ce roman qui m’a interpellée. Il m’a ramenée à un souvenir d’enfance. Alors âgée d’environ 7 ans, j’avais entendu ma tante raconter son accouchement et lorsqu’elle avait dit qu’elle avait perdu « les eaux », moi j’avais compris « les os ». Ca m’avait un peu terrifiée, fallait-il perdre un os avant de mettre au monde un enfant ??

Mais dans le cadre du roman, nous avons tout de suite l’explication : « On enterre les gens dans une tombe à leur taille pendant trois ans, au Vietnam. Puis, ce délai passé, la chair évaporée, on transvase dans un coffret plus chétif ce qu’il reste du corps : les os. Les cimetières sont donc faits de petits coffrets d’os. Ce sont eux qui demeurent, singuliers. »

La narratrice, âgée de 23 ans, retourne au Vietnam à nouveau. Elle est en quête de résilience. Son père, français, est tombé éperdument amoureux de sa mère, vietnamienne, quelques années après la fin de la guerre. Il l’a épousée et s’est installé à Hanoï. La petite fille a grandi d’abord auprès de sa grand-mère adorée, Ba, une femme forte ayant affronté deux guerres ainsi que des périodes de famine ; puis avec sa jeune nounou quand ses parents se sont installés dans le quartier résidentiel des expatriés.

Mais à l’âge de 11 ans, son père décide de rentrer en France. La voila transplantée dans la métropole où elle a bien du mal à trouver ses marques. Le choc psychologique est violent pour elle mais passe inaperçu auprès de ses parents. Le mal du pays, de son enfance si joyeuse, si colorée, la ronge jusqu’à la conduire à une anorexie mortifère.

La jeune femme ne retrouvera qu’à l’âge de 17 ans, après un premier voyage seule dans sa famille vietnamienne le courage, la force pour reprendre pied et recommencer à vivre, elle qui n’avait plus que la peau sur les os : « Entre les eaux d’où l’on vient et les os qu’on laisse en partant, il y a tant de charges. Rester, parce que l’on est, c’est une chose que l’on a tous compris ; et nous nous tenons, debout, les pieds dans l’eau, les os en haut, droits, verticaux, nous nous tenons debout sur les os qui nous précèdent, pour ceux qui nous succèdent, pour ceux qui nous entourent. Nous sommes là. Rester, parce que l’on est, c’est à peine un choix, mais nous décidons peut-être de la manière dont nous voulons rester, dont nous voulons être. »

Line Papin aborde dans ce roman, avec une très belle écriture qui m’a réellement touchée, l’exil forcé qui engendre des maux car l’entourage n’y a pas mis « des mots » ; la quête de sa propre histoire pour être pleinement qui l’on est.

Les os des filles par Papin


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