« Trois filles d’Eve » d’Elif Shafak Editions J’ai Lu

Nazperi Nalbantoglu, surnommée Peri, vit à Istanbul avec son mari et ses deux enfants. Son mariage lui a permis de faire partie maintenant de la bourgeoise stambouliote. La journée de printemps 2016 qui s’annonçait sans intérêt particulier va, peut-être, faire basculer sa vie.

Alors qu’elle doit rejoindre son mari à un grand dîner dans une somptueuse villa des beaux quartiers, Peri se fait voler son sac à main posé sur la banquette arrière de sa voiture. Sans même réfléchir, elle se met à poursuivre en courant les deux petits mendiants coupables du vol. Au terme de sa course, dans une ruelle isolée, elle se retrouve face au « chef » des voleurs qui tente de la violer.

Sentant monter en elle une force qu’elle ne soupçonnait pas, Peri se défend et met en fuite son agresseur. C’est en ramassant le contenu de son sac à main éparpillé sur le sol qu’elle retrouve une photo vieille de 16 ans prise à Oxford. Elle y figure avec deux amies étudiantes et leur professeur de philosophie.

Alors qu’elle a fini par arriver au dîner auquel elle est attendue, Peri se remémore son séjour à Oxford dans les années 2000, sa rencontre avec Shirin, jeune Iranienne émancipée et Mona, musulmane pratiquante et féministe ainsi que son enfance à Istanbul entre un père athée porté sur la boisson et une mère plus que bigote.

Elif Shafak tisse une histoire où se mêle celle de Peri : « Toujours entre deux chaises, redoutant d’attirer l’attention, réticente à choisir un camp, si obsédée par la peur de contrarier quelqu’un qu’elle finissait par décevoir tout le monde. « 

Celle de la ville d’Istanbul : « Son nez recherchait les senteurs habituelles -moules frites, châtaignes rôties, petits pains au sésame, boyaux de mouton grillés mêlés aux parfums des arbres de Judée au printemps, des daphnés en hiver. Comme une sorcière démente qui aurait oublié la formule de ses potions, Istanbul mitonnait ces arômes improbables dans le même chaudron : rances et doux, à vous faire tourner l’estomac et vous mettre l’eau à la bouche. »

Celle de la bourgeoisie et de riches parvenus stambouliotes : « L’Etat – avec un E majuscule- était l’alpha et l’oméga de toute chose. Comme un nuage orageux à l’horizon, l’autorité de l’Etat flottait au-dessus de chaque demeure du pays, villa somptueuse ou humble appentis. (…) Les riches, les riches en puissance et les ultra-riches partageaient tous le même sentiment d’insécurité. La paix de leur esprit dépendait en grande partie des caprices de l’Etat (…) On attendait d’eux qu’ils croient en l’Etat pour la même raison qu’ils devaient croire en Dieu : la peur. La bourgeoisie, malgré son éclat et ses paillettes, ressemblait à un enfant terrorisé par son père -l’éternel patriarche, le Baba. »

Sans oublier la question des religions abordée pendant les cours de philosophie du Professeur Azur.

Tout cela donne un roman profond, passionnant venu tout droit du pays préféré d’Elif Shafak : « Le pays des histoires ».


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