« Captive » de Margaret Atwood Editions 10-18

En ce mois de décembre 2018 où la magie de Noël tarde à se faire sentir, j’ai une suggestion à vous faire : offrez, faites-vous offrir ou même offrez-vous « Captive » .

Tout d’abord parce que les Editions 10-18 viennent de le publier en édition spéciale dont la couverture est absolument magnifique et c’est déjà un beau cadeau.

Ensuite parce que c’est un excellent roman de Margaret Atwood, de la veine de « La femme comestible ». Elle dresse un portrait de femme basé sur des faits réels : en 1873, la jeune Grace Marks, âgée de 16 ans, est accusée d’avoir participé à un double meurtre. Jugée coupable par le Tribunal de Toronto, elle sera condamnée à la réclusion à perpétuité ; son co-accusé sera lui pendu.

Ce fait divers a fait grand bruit au Canada car il a été très difficile, voir impossible de savoir quel rôle avait réellement joué la jeune fille. A-t-elle  participé aux meurtres ou bien était-elle sous la contrainte de James McDermott ? Grace semble souffrir de troubles, notamment d’évanouissements et de pertes de mémoire. 

En cette fin du 19ème siècle, la médecine s’intéresse à l’étude de la folie et aux troubles du comportement. Un jeune médecin Simon Jordan est mandaté pour rencontrer la jeune femme et tenter de découvrir si elle peut être tenue responsable de ses actes.

De ses rencontres quasi-quotidiennes avec Grace va naître le récit de sa vie. Dès son arrivée à Toronto environ 3 ans avant les faits avec sa famille, elle n’aura pas d’autre choix, pour échapper
  à la violence et l’alcoolisme de son père , que de se faire embaucher comme servante dans une riche demeure. 

Engagée dans diverses maisons, Grace finira par trouver un emploi assez bien payé chez M. Kinnear à Richmond Hill. Ce dernier est célibataire mais entretient une liaison avec sa femme de charge. Ce sont eux qui seront assassinés.

Margaret Atwood ne livre pas la clé du mystère Grace Marks mais signe là encore un excellent roman qui décrit parfaitement l’époque et les lieux dont il traite.

Captive (Edition Spéciale)
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 » Une bouche sans personne » de Gilles Marchand

Recommandé par le libraire de ma Kube, ce roman est une belle découverte. 

Paris, fin des années 60. Le narrateur, comptable dans une société, retrouve tous les soirs ses 3 amis dans le café tenu par Lisa. Cet homme porte, été comme hiver, une écharpe qui dissimule l’immense cicatrice qui s’étend de sa lèvre inférieure à la moitié de son buste.

Un soir, l’un de ses amis ose lui demander pourquoi il porte cette écharpe. S’il réagit mal sur le coup à cette interrogation, le narrateur prend conscience que le moment est venu maintenant pour lui d’affronter la réalité et de se débarrasser de toute la souffrance qui le ronge et le force à s’isoler des autres.

Il prend donc la décision de raconter soir après soir dans le café l’histoire de sa vie et l’origine de sa terrible blessure.

Commencé dans l’avion qui me menait à Porto, je n’ai pas vu passer les 2h de vol tant j’ai été conquise tout de suite par l’histoire, l’originalité du style qui m’a fait penser à Boris Vian, la poésie,la tendresse et la loufoquerie parfois.

« Lorsqu’il m’a aperçu, il a essayé de sourire mais je voyais bien que c’était un drôle de sourire rien qu’avec la bouche et que ses yeux étaient tout rouges. J’ai pris mon courage à deux mains et lui ai demandé s’il pleurait. Il a eu l’air étonné avant de m’expliquer que non, d’ailleurs, il n’avait aucune raison de pleurer. C’était juste que son visage n’était pas étanche. Il n’y pouvait rien et ça n’était pas bien grave. C’est le genre de choses qui arrive de temps en temps, avec toute cette eau qu’on a dans le corps. Il m’a expliqué qu’il s’était penché pour ramasser sa cuillère à café qui était tombée sur le lino et avec cette maudite loi des vases communiquant, ses yeux s’étaient remplis et avaient débordé. Son visage s’est détendu au fil de son explication et son sourire arrivait à présent au niveau de son regard d’où une dernière goutte venait de sortir. « 

Une bouche sans personne
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 » Les fureurs invisibles du coeur » de John Boyle

Avec pour toile de fond l’Irlande de 1945 à 2015, la vie de Cyril Avery n’a pas été un long fleuve tranquille. Sa mère naturelle l’a abandonné le jour de sa naissance et il a été confié par une soeur rédemptoriste bossue à un riche couple en mal d’enfants : Charles et Maude Avery.

Lui est banquier, elle est écrivain. S’ils ne sont pas maltraitants, Charles et Maude rabâchent à longueur de temps au jeune Cyril qu’ils sont ses parents adoptifs et que lui-même n’est pas un véritable Avery.

Le jeune garçon grandit sans réelle affection et dans la solitude. Ce n’est qu’arrivé à l’adolescence qu’il va créer des liens d’amitié avec Julian, son compagnon de chambre d’internat. Mais cette amitié est plutôt un amour profond et secret que Cyril porte à Julian.

En effet, dans une Irlande dominée et dirigée par l’Eglise catholique, où les prêtres sont tout puissants et dont les comportements ne sont jamais remis en cause par la société, il ne fait pas bon être homosexuel. D’ailleurs, il est coutumier de dire que l’homosexualité n’existe pas en Irlande !

Cyril devra alors apprendre, comme tous les autres, à cacher sa préférence sexuelle, à tricher et se contenter d’étreintes sordides à la sauvette. Dans un dernier élan de désespoir, il finira même par se marier.

Heureusement, son instinct de survie sera le plus fort lui donnant le courage de quitter l’Irlande où il étouffe. Nous le suivrons alors aux Pays-Bas puis aux Etats-Unis dans sa quête d’amour et de liberté.

John Boyle dresse dans ce roman un portrait magnifique d’un homme qui n’aspire qu’à être lui-même face aux préjugés, à l’hypocrisie de toute une société dominée par les doctrines de la religion où l’amour de son prochain et la tolérance sont loin d’être appliqués.

Du jeune homme timide qui souffre à l’homme mûr, puis au vieil homme en fin de vie qui assume pleinement qui il est, on suit avec grand intérêt et empathie la vie de Cyril Avery.

Les fureurs invisibles du coeur par Boyne
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« Taqawan » d’Eric Plamondon

Découverte pour moi de cet auteur québécois vivant depuis plusieurs années en France.

Découverte aussi grâce à ce livre, qui n’est pas à proprement parler un roman, des tensions, des dissenssions entre l’état canadien et les tribus autochtones, notamment les Indiens Miq’maq.

Taqawan est le terme par lequel on désigne le saumon adulte qui remonte la rivière qui l’a vu naître pour venir s’y reproduire. Le saumon a toujours permis aux Amérindiens de survivre mais ce poisson est aussi devenu un enjeu économique.

En 1981, le 11 juin précisément, trois cent policiers de la sûreté du Québec envahissent la réserve des Indiens Miq’maq pour leur confisquer leurs filets de pêche aux saumons. Ce sera une journée terrible de violences, avec de nombreux blessés du côté des autochtones.

Cet évènement est le prétexte choisi par l’auteur pour nous faire découvrir les relations plus que tendues entre les Québécois et les Amérindiens encore actuellement. Le problème de l’intégration forcée à coup de triques et autres tortures physiques et mentales infligées aux enfants dans des internats dans les années 1960.

Le problème des réserves, du scandale de morceaux de forêts vendues à des consortiums américains pour y installer de luxueux camps de pêche aux saumons pour fortunés américains…

Dans un pays où tous les habitants descendent de migrants, y compris les Amérindiens puisque des recherches génétiques prouvent maintenant la filiation entre eux et les peuples d’Asie, revendiquer la terre comme sienne et l’exploiter au détriment de l’autre est une aberration.

Je citerai le très beau paragraphe de l’auteur sur la terre natale : « C’est un drôle de concept, la terre natale. Ce sont des drôles de concepts, le territoire, la culture, la langue, la famille. Comment ça fonctionne dans la tête des humains ? Ils sont les enfants de leurs parents. Ils naissent au sein d’une communauté à un moment précis quelque part. Mais d’où vient cette incroyable force collective qui mène le monde depuis toujours : défendre son territoire, son identité, sa langue ? D’où vient cette nécessité, comme innée, depuis le fond des âges, qui veut que l’espèce humaine se batte et s’entretue au nom d’un lieu, d’une famille, d’une différence irréductible ? Pourquoi mourir pour tout ça ? « 

Ce livre a obtenu le Prix France-Québec 2018.

Taqawan par Plamondon
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« La face cachée de Ruth Malone  » d’Emma Flint Editions 10-18

Dans la chaleur et la moiteur de l’été new-yorkais de 1965, Ruth Malone élève seule ses deux enfants Cindy et Frankie Junior depuis sa séparation d’avec leur père. Ce dernier revendique le droit de garde et une décision de justice doit être bientôt rendue.

Or, un matin, en déverrouillant la porte de la chambre des enfants, Ruth constate qu’ils ont disparu. La police va malheureusement découvrir quelques heures plus tard le corps sans vie de la petite Cindy, puis au bout d’une recherche de plusieurs jours le corps à demi décomposé de son frère.

Dès les premiers temps de l’enquête, l’inspecteur Devlin est convaincu de la culpabilité de la mère. En effet, Ruth Malone n’exprime nullement son chagrin : elle est impeccablement habillée, maquillée et ne laisse transparaître aucun sentiment. 

Par ailleurs, son emploi de barmaid de nuit dans un bar n’aide pas à donner au public une bonne image de la jeune femme. Encore moins quand elle se met à fréquenter de nombreux hommes. Les journalistes la poursuivent comme une bête traquée et son procès signera l’hallali de sa liberté.

Au-delà de l’histoire basée sur un fait divers réel, ce roman est un portrait psychologique fouillé et très intéressant d’une jeune femme complètement perdue, qui derrière sa froideur cache une pudeur voire une rigidité inculquée par sa propre mère ; qui derrière son étourdissement dans les relations sexuelles d’un soir cache un profond besoin d’amour, et qui derrière son apparente apathie pendant son procès cherche à se protéger de la cruauté qui se déchaîne contre elle. 

Il faut aller jusqu’au bout du roman pour connaître enfin la terrible et cruelle vérité. Ce livre n’est pas un polar, c’est un portrait de femme qui m’a touchée. 

A vous de lire maintenant l’excellent « La face cachée de Ruth Malone ». 

La face cachée de Ruth Malone

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« La papeterie Tsubaki » d’OGAWA Ito

Chaque roman de cette auteure japonaise se savoure comme une friandise particulièrement appréciée.

La jeune Hatoko, âgée de 25 ans, revient dans sa petite ville natale suite au décès de sa grand-mère. Cette dernière lui a léguée la petite papeterie familiale.

On comprend très vite qu’Hatoko entretenait des relations difficiles avec celle qui l’a élevée. Pourtant la jeune femme va accepter de s’occuper de la papeterie et de continuer l’oeuvre d’écrivain public de sa grand-mère.

Je dis volontairement oeuvre car la tâche d’écrivain public au Japon relève de l’art : le soin apporté au choix du papier, l’encre, la nature de la plume ou du pinceau selon la nature de la lettre commandée. Chaque détail est  d’une extrême importance.

Hatoko va dans sa petite boutique être amenée à répondre à des commandes inédites, à croiser des personnages surprenants, d’autres attachants.

Elle va aussi découvrir l’histoire de sa grand-mère et faire la paix avec son passé pour pouvoir enfin vivre sa vie.

Merci OGAWA Ito pour ce beau moment de lecture empreint de poésie.

La papeterie Tsubaki par Ogawa

 

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« Les terres saintes » d’Amanda Sthers

Je n’avais encore rien lu d’Amanda Sthers. C’est la bande-annonce de l’adaptation cinématographique de ce roman qui m’a donné envie de le lire. https://youtu.be/aNdKQYmnVFw

Harry Rosenmerck, juif ashkénaze, quitte Paris et son cabinet de cardiologie, pour s’installer en Israël. Là, il crée un élevage de porcs. Ceux-ci sont d’ailleurs utilisés pour la chasse aux terroristes « J’ai vu dans le NY Times du mois dernier un soldat de Tsahal avec un porc au bout d’une laisse (…) Qu’en est-il de cette histoire de sang de porc dans des poches réparties dans les bus de la ville afin que les terroristes qui voudraient se faire exploser en soient recouverts et rendus impurs, que le paradis avec ses soixante-douze vierges leur soit refusé ? »

Si cette décision suscite l’étonnement de sa famille, son installation va rencontrer l’hostilité de certains habitants et la réprobation du rabbin Moshe Cattan.

Construit sous la forme épistolaire, nous découvrons au fur et à mesure des courriers échangés quels sont les liens qu’entretient Harry avec son fils homosexuel, sa fille toujours étudiante à 33 ans, son ex-femme,  son rapport à la religion et à la politique.

Amanda Sthers brosse le portrait d’un homme en proie à ses propres doutes et blessures. Elle le fait à la fois d’une façon très profonde mais aussi remplie d’humour et d’amour.

C’est une histoire qui nous fait du bien.

Les terres saintes par Sthers

 

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