« Taqawan » d’Eric Plamondon

Découverte pour moi de cet auteur québécois vivant depuis plusieurs années en France.

Découverte aussi grâce à ce livre, qui n’est pas à proprement parler un roman, des tensions, des dissenssions entre l’état canadien et les tribus autochtones, notamment les Indiens Miq’maq.

Taqawan est le terme par lequel on désigne le saumon adulte qui remonte la rivière qui l’a vu naître pour venir s’y reproduire. Le saumon a toujours permis aux Amérindiens de survivre mais ce poisson est aussi devenu un enjeu économique.

En 1981, le 11 juin précisément, trois cent policiers de la sûreté du Québec envahissent la réserve des Indiens Miq’maq pour leur confisquer leurs filets de pêche aux saumons. Ce sera une journée terrible de violences, avec de nombreux blessés du côté des autochtones.

Cet évènement est le prétexte choisi par l’auteur pour nous faire découvrir les relations plus que tendues entre les Québécois et les Amérindiens encore actuellement. Le problème de l’intégration forcée à coup de triques et autres tortures physiques et mentales infligées aux enfants dans des internats dans les années 1960.

Le problème des réserves, du scandale de morceaux de forêts vendues à des consortiums américains pour y installer de luxueux camps de pêche aux saumons pour fortunés américains…

Dans un pays où tous les habitants descendent de migrants, y compris les Amérindiens puisque des recherches génétiques prouvent maintenant la filiation entre eux et les peuples d’Asie, revendiquer la terre comme sienne et l’exploiter au détriment de l’autre est une aberration.

Je citerai le très beau paragraphe de l’auteur sur la terre natale : « C’est un drôle de concept, la terre natale. Ce sont des drôles de concepts, le territoire, la culture, la langue, la famille. Comment ça fonctionne dans la tête des humains ? Ils sont les enfants de leurs parents. Ils naissent au sein d’une communauté à un moment précis quelque part. Mais d’où vient cette incroyable force collective qui mène le monde depuis toujours : défendre son territoire, son identité, sa langue ? D’où vient cette nécessité, comme innée, depuis le fond des âges, qui veut que l’espèce humaine se batte et s’entretue au nom d’un lieu, d’une famille, d’une différence irréductible ? Pourquoi mourir pour tout ça ? « 

Ce livre a obtenu le Prix France-Québec 2018.

Taqawan par Plamondon
Publicités
Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

« La face cachée de Ruth Malone  » d’Emma Flint Editions 10-18

Dans la chaleur et la moiteur de l’été new-yorkais de 1965, Ruth Malone élève seule ses deux enfants Cindy et Frankie Junior depuis sa séparation d’avec leur père. Ce dernier revendique le droit de garde et une décision de justice doit être bientôt rendue.

Or, un matin, en déverrouillant la porte de la chambre des enfants, Ruth constate qu’ils ont disparu. La police va malheureusement découvrir quelques heures plus tard le corps sans vie de la petite Cindy, puis au bout d’une recherche de plusieurs jours le corps à demi décomposé de son frère.

Dès les premiers temps de l’enquête, l’inspecteur Devlin est convaincu de la culpabilité de la mère. En effet, Ruth Malone n’exprime nullement son chagrin : elle est impeccablement habillée, maquillée et ne laisse transparaître aucun sentiment. 

Par ailleurs, son emploi de barmaid de nuit dans un bar n’aide pas à donner au public une bonne image de la jeune femme. Encore moins quand elle se met à fréquenter de nombreux hommes. Les journalistes la poursuivent comme une bête traquée et son procès signera l’hallali de sa liberté.

Au-delà de l’histoire basée sur un fait divers réel, ce roman est un portrait psychologique fouillé et très intéressant d’une jeune femme complètement perdue, qui derrière sa froideur cache une pudeur voire une rigidité inculquée par sa propre mère ; qui derrière son étourdissement dans les relations sexuelles d’un soir cache un profond besoin d’amour, et qui derrière son apparente apathie pendant son procès cherche à se protéger de la cruauté qui se déchaîne contre elle. 

Il faut aller jusqu’au bout du roman pour connaître enfin la terrible et cruelle vérité. Ce livre n’est pas un polar, c’est un portrait de femme qui m’a touchée. 

A vous de lire maintenant l’excellent « La face cachée de Ruth Malone ». 

La face cachée de Ruth Malone

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

« La papeterie Tsubaki » d’OGAWA Ito

Chaque roman de cette auteure japonaise se savoure comme une friandise particulièrement appréciée.

La jeune Hatoko, âgée de 25 ans, revient dans sa petite ville natale suite au décès de sa grand-mère. Cette dernière lui a léguée la petite papeterie familiale.

On comprend très vite qu’Hatoko entretenait des relations difficiles avec celle qui l’a élevée. Pourtant la jeune femme va accepter de s’occuper de la papeterie et de continuer l’oeuvre d’écrivain public de sa grand-mère.

Je dis volontairement oeuvre car la tâche d’écrivain public au Japon relève de l’art : le soin apporté au choix du papier, l’encre, la nature de la plume ou du pinceau selon la nature de la lettre commandée. Chaque détail est  d’une extrême importance.

Hatoko va dans sa petite boutique être amenée à répondre à des commandes inédites, à croiser des personnages surprenants, d’autres attachants.

Elle va aussi découvrir l’histoire de sa grand-mère et faire la paix avec son passé pour pouvoir enfin vivre sa vie.

Merci OGAWA Ito pour ce beau moment de lecture empreint de poésie.

La papeterie Tsubaki par Ogawa

 

Publié dans Uncategorized | 2 commentaires

« Les terres saintes » d’Amanda Sthers

Je n’avais encore rien lu d’Amanda Sthers. C’est la bande-annonce de l’adaptation cinématographique de ce roman qui m’a donné envie de le lire. https://youtu.be/aNdKQYmnVFw

Harry Rosenmerck, juif ashkénaze, quitte Paris et son cabinet de cardiologie, pour s’installer en Israël. Là, il crée un élevage de porcs. Ceux-ci sont d’ailleurs utilisés pour la chasse aux terroristes « J’ai vu dans le NY Times du mois dernier un soldat de Tsahal avec un porc au bout d’une laisse (…) Qu’en est-il de cette histoire de sang de porc dans des poches réparties dans les bus de la ville afin que les terroristes qui voudraient se faire exploser en soient recouverts et rendus impurs, que le paradis avec ses soixante-douze vierges leur soit refusé ? »

Si cette décision suscite l’étonnement de sa famille, son installation va rencontrer l’hostilité de certains habitants et la réprobation du rabbin Moshe Cattan.

Construit sous la forme épistolaire, nous découvrons au fur et à mesure des courriers échangés quels sont les liens qu’entretient Harry avec son fils homosexuel, sa fille toujours étudiante à 33 ans, son ex-femme,  son rapport à la religion et à la politique.

Amanda Sthers brosse le portrait d’un homme en proie à ses propres doutes et blessures. Elle le fait à la fois d’une façon très profonde mais aussi remplie d’humour et d’amour.

C’est une histoire qui nous fait du bien.

Les terres saintes par Sthers

 

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

« Le camp des autres » de Thomas VINAU Editions 10-18

GROS COUP DE COEUR !

Ce n’est pas tellement l’histoire qui m’a plu dans « Le camp des autres  » .  

C’est le style. Dès la première phrase, je suis tombée sous le charme de l’écriture de Thomas Vinau : « Le givre fait gueuler la lumière. »

Au début du 20ème siècle, un jeune garçon prénommé Gaspard s’enfuit de la ferme familiale accompagné de son chien bâtard. On comprend vite qu’il a commis un acte irrépar

able pour échapper à la violence de son paternel, brute épaisse.

C’est dans la forêt qu’il se réfugie et tente de survivre. Là, il va être recueilli et soigné par un « homme des bois », un dénommé Jean-le-Blanc qui vit seul dans une cabane plutôt confortable. Gaspard va reprendre des forces et se laisser apprivoiser : « Ils ont continué à parler à l’aplomb cru du soleil de mai. Ils ont continué à jongler leurs méfiances, leurs silences, leurs regards, sans jamais être certains de savoir s’ils jouaient finalement dans la même équipe ou l’un contre l’autre. »

Quand plus tard, une troupe de marginaux viendra rendre visite à Jean-le-Blanc, Gaspard sera subjugué …

 » La clarté que l’on nous refuse, nous la volerons avec le feu. (…) La nuit est notre règne, la forêt notre patrie. Nous sommes les fils des bois perdus, de la route, de la boue des chemins. Nous sommes les fauves en exil. Les apatrides. Les moins que chien. (…)Nous sommes la famille de vos sacrifices, les cornus, les sauvages, les bouffeurs d’ombre, les récalcitrants. Nous sommes le vent qui souffle sur les braises, les morts pour rien dans la brume de l’Empire, la rage des chiens. Venez avec moi, je vous offre l’outrage, la brûlure, la ruade, le galop. Je vous offre la liberté des flammes sans lumière ».

Sauf que pour stopper cette caravane composée de voleurs, bohémiens, déserteurs, chauffeurs (ceux qui brûlaient les plantes de pied pour faire avouer où se trouve le magot caché, Georges Clémenceau va créer une toute nouvelle police : « Les Brigades du Tigre ».

Le camp des autres

 

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

« Là où les chiens aboient par la queue » de Estelle-Sarah BULLE

Quelle jolie découverte que ce premier roman !

Une jeune femme (dont on peut facilement supposer qu’il s’agit de l’auteure elle-même) se plonge dans ses racines familiales après la naissance de ses propres enfants. Née en France d’un père guadeloupéen et d’une mère chti, elle ne sait que peu de choses de l’histoire de sa famille paternelle.

Elle décide d’interroger ses tantes et son père, leur donnant à tour de rôle la parole pendant tout un chapitre. Nous rencontrons ainsi Antoine, la soeur aînée, à la forte personnalité, un tantinet mystique et parfois loufoque. Puis Lucinde, l’autre soeur, qui ne rêve que de s’élever dans la société grâce à sa passion : la couture. Et enfin Petit Frère, le père de la narratrice,  qui a toujours voulu étudier et évoluer.

Se dresse alors devant nous le portrait de la société guadeloupéenne à partir des années 50 avec ses aspects positifs mais aussi ses travers :  la couleur de peau, ses nuances plus ou moins foncées, sont des éléments très importants dans les relations sociales ; les relations hommes-femmes ; la gestion économique de l’île par la France souvent menée aux détriments des locaux.

On y découvre aussi qu’en mai 1967, les jeunes guadeloupéens se sont rebellés contre cette situation qu’ils considéraient comme une injustice, ayant la plus grande difficulté à trouver un emploi et donc à vivre tout simplement. Cette « révolution », dont je n’avais jamais entendu parler, a été réprimée dans un bain de sang.

Par la suite, beaucoup de jeunes Antillais sont venus s’installer en France dans l’espoir de vivre une vie beaucoup plus sécure économiquement mais pas forcément plus heureuse humainement.

C’est avec une grande tendresse, une grande chaleur, une pointe d’humour que l’auteure partage avec nous l’histoire de sa famille. Le tout fait un excellent moment de lecture.

Là où les chiens aboient par la queue par Bulle

 

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

 » Carnaval noir » de Metin Arditi

La quatrième de couverture était alléchante : Venise, des latinistes érudits, des assassinats en 2016 qui en rappellent d’autres commis au XVIème siècle lors du Carnaval noir, des fanatiques catholiques et des islamistes qui fomentent de concert un attentat contre le pape, la quête du tableau du Christ à 12 doigts disparu, une histoire de famille compliquée…

En règle générale, je suis friande de ce genre d’histoire. Mais je dois avouer que dans le cas présent, la mayonnaise n’a pas du tout pris. Je me suis ennuyée tout du long, j’ai parfois dû faire des retours en arrière car je ne comprenais plus qui était qui !

Donc vous l’aurez compris, c’est une déception !

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire