« Les Maia » de J.M. Eça de Queiroz

J’ai eu envie de découvrir les auteurs portugais et mon excellent libraire de « La Kube » m’a conseillé celui-ci, paru en 1888.

Il est dit en quatrième de couverture que Jorge Luis Borges considérait Eça de Queiroz comme un des plus grands écrivains de tous les temps. Personnellement, il m’a fait penser à Balzac.

Les Maya, c’est une richissime famille de Lisbonne qui mène grand train grâce aux revenus de leurs terres agricoles, fort bien gérées par un contremaître. Alfonso, le patriarche, a assisté impuissant à la dépression de son fils unique, abandonné par sa femme qui s’est enfouie avec leur fille laissant toutefois à sa charge leur fils Carlos encore tout petit.

Après le suicide du père de Carlos, Alfonso élèvera seul son petit-fils qu’il chérira comme la prunelle de ses yeux. Devenu adulte, Carlos réussira des études de médecine mais n’exercera jamais vraiment.

En effet, il n’a pas besoin de travailler pour vivre, l’argent de son grand-père y pourvoyant. Il n’est pas paresseux mais s’accommode de la façon de vivre des jeunes bourgeois de son époque : aller de café littéraire en salons tenus par de jeunes épouses à qui ils s’empressent de faire la cour, cacher leurs amours illicites dans le lieu de villégiature prisé à l’époque.

Jusqu’au jour où Carlos tombe éperdument amoureux d’une jeune femme mariée qu’il espère pouvoir enlever à son mari. Mais un grain de sable va venir enrayer la belle histoire d’amour car parfois la vie réserve de terribles surprises.

Même si j’ai trouvé parfois le style un peu long, j’ai aimé la peinture que l’auteur fait de la société de la capitale portugaise de l’époque, la vacuité de la vie mondaine, les remous politiques qui annoncent un changement de société.

Les Maia

 

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« La maison des Turner » d’Angela Flournoy Editions 10-18

« La maison des Turner » , en 2008, est une des rares encore debout et habitable de Yarrow Street dans le quartier pauvre de Detroit. Les maisons voisines ont été abandonnées ou rachetées à découvert par les banques à des prix extrêmement faibles.

Il y avait d’ailleurs une blague qui circulait à Detroit dans les pires années de cette crise, beaucoup d’habitants étant contraints de quitter la ville : « le dernier à partir éteint la lumière » !

Mais la maison des Turner, elle, est toujours debout. Bien que petite, elle a abrité pendant 50 ans Francis et Viola Turner et vu grandir leurs treize enfants. Elle a toujours été le centre, le point d’ancrage de cette grande famille. Et si aujourd’hui elle est vide est silencieuse, c’est que Viola, veuve et malade est partie vivre chez son fils aîné.

Les enfants Turner vont devoir prendre une décision quant à cette maison : faut-il la garder, la vendre ?  De l’aîné (65 ans) à la plus jeune (41 ans), chacun a son avis et entend bien le défendre.

Et nous, lecteurs, découvrons ce qu’a pu être la vie de cette famille nombreuse afro-américaine dans ces trois pièces et demi. Comment les enfants ont évolué, les voies prises par chacun, les réussites ou les échecs professionnels.

« Je sais que ça existe, la dépression, dit Francey, je ne suis pas une de ces vieilles Noires attardées qui croient que la santé mentale, ça ne compte pas, mais les critères évoluent selon les époques. Autrefois, beaucoup de gens avaient des ribambelles de gosses ; ça se faisait, c’est tout, maman venait d’une famille de dix enfants. Et souviens-toi : les parents et les grands-parents de papa et maman étaient métayers. Bonté, c’est ce boulot de fermier qui a tué le père de papa.Et leurs arrière-grands-parents ont dû naître esclaves. Esclaves, Cha. Qu’est ce que ça change, une grande famille et un boulot minable à Detroit, quand ça fait pas deux générations qu’on est sortis des champs ? »

Ainsi que  les responsabilités qui ont pesé très tôt sur les épaules des aînés et qui arrivés à la soixantaine sentent cette charge mentale devenir de plus en plus lourde :

 » Trop d’émotions s’agitaient  dans le coeur de Cha-Cha. La rage : il aurait voulu pulvériser Troy, lui faire passer le goût du pain. La déception : Alice lui avait dit que son rôle dans la famille lui valait du respect mais pas d’amitié. Et là, il s’apercevait bien qu’il n’y avait même jamais eu de respect (…) Il eut envie de laisser tomber, de prendre sa retraite anticipée, vendre sa maison et déménager là où il serait unique, pas un parmi treize. Il ne voulait plus consacrer son existence à ces gens-là ».

Ce roman est un beau portrait de famille (l’auteure dit s’être inspirée de la famille de son père). Ce portrait est touchant, dérangeant parfois, et surtout empreint d’une grande humanité.

La maison des Turner

 

 

 

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« Direct du coeur » de Florence Medina

Merci à Babelio et les Editions Magnard Jeunesse de m’avoir permis de découvrir ce roman pour les ados. Sans eux, je ne l’aurais pas lu n’étant pas une spécialiste de cette catégorie.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le jeune Tim ne brille pas par ses résultats scolaires. Devant ses notes catastrophiques, sa mère l’inscrit d’office à l’option LSF espérant qu’il puisse ainsi gagner quelques points supplémentaires au bac.

LSF ? Tim n’en a jamais entendu parler. En fait, c’est la Langue des Signes Française.

Le jeune adolescent se retrouve donc parmi cinq autres lycéens, tous les vendredi soirs en fin de journée à essayer de signer. Son manque de motivation au début ne va pas l’aider, surtout que Tim a lui aussi ses propres problèmes, notamment ses relations avec son père, le grand absent de sa vie ; le P.A.C. : « le père à chier ».

Toutefois, en découvrant la réalité de la vie quotidienne des personnes sourdes, des maltraitances qui ont pu  leur être infligées par le passé, les discriminations dont elles sont parfois victimes, Tim va se découvrir un intérêt à « l’autre » et se forger une conscience, lui qui juste là se comportait plutôt comme un jeune chien fou.

J’ai apprécié la fraîcheur de ce personnage, son évolution vers une certaine maturité. L’auteure a pris le pari d’évoquer autour  de la surdité et de la LSF (j’ai appris plein de choses) les problématiques auxquelles les ados peuvent être confrontés : les familles monoparentales,les relations parents-enfants, l’homosexualité, la différence culturelle, l’engagement pour une cause et last but not least l’Amour.

Tout cela d’une manière vivante et agréable. Belle découverte.

Direct du coeur par Medina

 

 

 

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« Sous la même étoile » de Dorit Rabinyan Editions Les Escales

Il est des jours où, sans que l’on se doute de rien le matin au réveil, notre vie peut dévier sa course.

C’est ce qui arrive aux deux personnages principaux un après-midi d’automne glacial à New York deux ans après les attentats de 2001.

Liat est une Israëlienne venue étudier pour 8 mois à New York. Hilmi est un peintre palestinien installé dans la grosse Pomme depuis plusieurs années. Entre eux deux, la magie opère tout de suite, un véritable coup de foudre. Bizarrement, c’est la nostalgie de l’endroit d’où ils viennent qui les rapproche : Tel Aviv pour elle, Ramallah pour lui.

Pourtant, ils sont bien conscients que jamais ils n’auraient pu avoir de contact s’ils s’étaient rencontrés en Israël. Alors, faisant fi de toutes leurs différences culturelles, cultuelles et familiales, ils vont décider de s’aimer pendant les 4 mois de séjour qu’il reste à Liat.

New-York va devenir un espace neutre, leur cocon. Cependant, l’éloignement de leurs familles et le secret qu’ils vont garder sur leur relation n’empêcheront pas des tensions dans le couple et des difficultés relationnelles.

Ce roman, dont la fin est à la fois sublime et pathétique, pose une question essentielle : peut-on malgré toutes les différences, l’amour profond que l’on peut éprouver pour l’autre, surmonter les difficultés qui se dressent sur le chemin (notamment celles causées par les familles) et vivre son histoire au grand jour ? Pas si facile répondrait Liat.

« Sous la même étoile » m’a bouleversée. L’auteure a été vivement critiquée en Israël avant de connaître un grand succès populaire par la suite.

Sous la même étoile

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 » Comme un ruban de soie rouge » de Cecily Wong Editions 10-18

En France, nous avons l’expression « être cousu de fil blanc ». En Chine, il y a un très joli conte sur un fil rouge, invisible, qui relie entre eux deux êtres destinés à se retrouver et à s’épouser malgré l’éloignement, les mauvais choix qui ont déposé des noeuds sur ce fil.

C’est l’histoire que raconte sa vieille tante Hong à la jeune Theresa qui se trouve dans une situation bien délicate.

 » Un noeud, a répété Hong en baissant la tête. Une aventure… Un mariage forcé… Une concubine… Une prostituée… Voilà autant de noeuds possibles sur un fil rouge. De punitions pour des erreurs. Sans noeud, un fil est aussi souple qu’un ruban de soie, vois-tu. Il peut traverser des montagnes, se faufiler entre les voitures, les arbres et les voies de chemin de fer. Il peut franchir un océan et trois pays différents pour relier deux êtres prédestinés. Avec des noeuds, un fil devient très différent. »

La jeune femme qui est l’unique héritière d’une riche famille d’origine chinoise établie peu avant la Seconde Guerre Mondiale à Hawaï va découvrir la vie de ceux qui l’ont précédée, les noeuds qui entravent les fils de ses parents et grands-parents et de quelle manière ils ont fini par entraver la sienne.

 » L’enterrement de son père ne se déroulera pas ainsi, se dit-elle. Elle doit intervenir. Pour une fois, elle empêchera Maku d’être submergé par les psychoses familiales, d’être écrasé par des voix plus fortes que la sienne, des ombres plus grandes, plus imposantes. »

Et c’est peut-être là, autour du cercueil de celui qui fut leur père, mari et fils que les femmes de cette famille vont dénouer le fil de leurs vies.

 » Comme un ruban de soie rouge » est formidable roman qui nous transporte de la Chine à Hawaï à travers l’histoire des membres de cette famille avec chacun leurs secrets, leurs motivations.

 » Mais le destin n’a que peu à voir avec la fatalité. Si la fatalité est cette voiture, alors le destin est la route que nous empruntons. Et cette route, il nous incombe de la choisir. Nous décidons de tourner, d’accélérer et de ralentir, de nous arrêter, de repartir. Ca c’est le destin. Peu importe la voiture que nous conduisons, la route est ouverte à chacun d’entre nous. Nous avons tous une chance de faire ce que nous pouvons. Peu importe la voiture, la fatalité, nous décidons du chemin. »

Je vous recommande de découvrir vite ce  roman.

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 » Terreur » de Ferdinand von Schirach

Ce livre n’est pas un roman mais le texte d’une pièce de théâtre.

Il s’agit du procès d’un pilote de l’armée allemande qui, le 26 mai 2013, a abattu un avion de ligne avec 164 passagers à bord. L’appareil avait été détourné par un terroriste qui menaçait de l’écraser sur le stade de foot de Munich où se déroulait un important match de foot devant 70.000 personnes.

Les autorités militaires avaient pourtant ordonné au pilote de ne pas tirer.

La question posée par le Président de la Cour est la suivante : « Lars Koch avait-il le droit de tuer ces 164 personnes ? Y a-t-il des situations dans notre vie dans lesquelles il est juste, raisonnable et judicieux, de tuer un être humain ? Et davantage encore : dans lesquelles ne pas le faire serait absurde et inhumain ?  »

En commençant ma lecture, j’avais une idée précise du verdict que j’aurais rendu si j’avais fait partie des spectateurs assistant à la représentation de la pièce. Après les plaidoiries des deux parties, toutes aussi convaincantes l’une que l’autre, je n’en étais plus aussi sûre.

 » En 155 avant J.C., à Rome, le philosophe grec Carnéade a donné des conférences pendant deux jours de suite. Le premier jour il a très brillamment soutenu une série de thèses de droit, le deuxième jour il les a toutes aussi brillamment réfutées. Les auditeurs étaient tous indignés. En faisant cela, Carnéade a seulement voulu prouver que la vérité n’est pas une affaire d’argumentation. »

Le débat lancé par ce texte est complexe et passionnant. L’auteur est un criminaliste à succès et il pose la question de la dignité de l’être humain. A la fin du livre, nous trouvons le discours qu’il a prononcé à l’occasion de la remise du prix M 100 Sanssouci Medien Award à Charlie Hebdo après les attentats.

Il y a un paragraphe qui m’a fortement interpellée : « Mais plus fondamentalement, en vérité ce ne sont pas les terroristes qui détruisent notre démocratie. Ils en sont incapables. Nous seuls, Mesdames et Messieurs, pouvons mettre en danger nos valeurs. Nous seuls, nous les démocrates, pouvons abîmer la démocratie. Et ça va vite. Les populistes désormais sont influents, les politiques réclament des lois plus dures, les services secrets veulent encore plus de pouvoir. (..) Recueillir des données, des informations sur des personnes différentes, dont le comportement paraît bizarre, est encouragé, de même qu’est encouragé un contrôle plus sévère d’internet. C’est cela la vraie conséquence du terrorisme, elle est indirecte et, pour cette raison, dangereuse. »

Terreur par Schirach

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 » Les enfants de Venise » de Luca Di Fulvio

L’an de Grâce 1515. Le jeune orphelin Mercurio tente de survivre grâce à de petits larcins. Son plus grand atout pour plumer le quidam : son génie du travestissement.

Malheureusement, un « coup » ayant mal tourné, il part chercher refuge à Venise.

Sa route croisera celle d’un prétendu médecin juif, Isaco et de sa fille la belle Guiditta, venus eux aussi s’installer dans la Cité des Doges.

Et là commence le génie de Luca Di Fulvio car au travers d’une histoire d’amour, il nous fait partager une fresque historique. La vie dans la Sérénissime à cette époque y est parfaitement décrite : les riches, les pauvres qui tentent de survivre, les idées propagées par l’Inquisition, l’installation du Ghetto. Ne manquent plus que les odeurs des canaux !

Mais tout cela ne serait rien sans la richesse de la psychologie de chacun des personnages qui se croisent, s’entrecroisent et tissent une histoire que l’on ne peut lâcher.

Luca Di Fulvio est le Dumas du XXIème siècle !

Les enfants de Venise par Di Fulvio

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