« Underground Railroad » de Colson Whitehead

Ce roman fait partie de la rentrée littéraire et je l’attendais avec impatience. Il a obtenu le Prix Pulitzer, il est recommandé par Barack Obama.

L’underground railroad, littéralement « le chemin de fer clandestin », était un réseau de routes clandestines empruntées par les esclaves noirs américains ayant réussi à s’échapper et cherchant à trouver refuge, soit dans les Etats du Nord abolitionnistes soit au Canada.

Colson Whitehead donne vie dans son roman à ce chemin de fer puisqu’il en fait un réseau ferroviaire souterrain avec des gares cachées sous des granges.

L’héroïne de cette histoire, c’est Cora : jeune esclave de 16 ans  travaillant sur une plantation de Géorgie  avant la Guerre de Sécession. Elle vit seule, sa mère ayant fui il y a de nombreuses années auparavant.

A la fois témoin et victime des violences exercées par le propriétaire de la plantation et ses contremaîtres, elle accepte de prendre la fuite avec Caesar, récemment arrivé dans la plantation.

L’underground Railroad leur permettra de rejoindre  tout d’abord les Etats un peu plus au Nord de la Géorgie et de mener une vie presque libre. Mais c’était sans compter sur la hargne et la rage du chasseur d’esclave Ridgeway, qui n’aura de cesse de la traquer.

Ce formidable roman nous fait découvrir, non pas la vie misérable dans les plantations (cela on le connaissait déjà) mais surtout les dangers encourus par les esclaves en fuite, les comportements des Blancs selon les Etats. On apprend notamment qu’en Caroline du Sud une politique de stérilisation systématique des femmes noires était mise en place…

En Caroline du Nord, c’est une « colline de Justice » qui est instaurée par les Blancs : tous le vendredis soirs ont lieu des pendaisons, les corps restent accrochés aux branches comme des fruits afin de servir d’avertissement à tout nouvel arrivant Noir… et à tout Blanc défendant la cause abolitionniste.

Je ne dévoilerai pas ce qu’il advient de Cora mais je vous invite fortement à lire ce roman puissant et passionnant et qui m’a fait me demander si les Etats-Unis avaient changé depuis cette époque…. A vous de vous faire votre opinion.

Underground railroad par Whitehead

 

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« Je viens d’Alep » Itinéraire d’un réfugié ordinaire de Joude Jassouma

A force d’entendre parler de la Syrie, des réfugiés, on finit par perdre de vue qu’il ne s’agit pas d’une entité mais de vies humaines avec chacune leurs histoires

Dans « Je viens d’Alep », Joude Jassouma nous fait partager sa vie à Alep avant le début de la guerre. Issu d’une famille modeste, Joude exercera dès l’âge de 14 ans de menus boulots pour pouvoir aller au lycée puis ensuite à l’université où il étudiera le français. Toutes ces années seront consacrées au travail et aux études, sans jamais s’accorder véritablement de répit. Joude s’est fixé un but et il veut l’atteindre.

Or, la situation en Syrie bouleversera sa vie et ses projets. Obligé de quitter sa maison et son quartier natal d’Alep, il s’installera avec sa famille dans un autre quartier, qu’il devra à nouveau quitter en urgence pour fuir l’avancée de Daech et ce plusieurs fois de suite.

Jusqu’au jour où, en se levant le matin, il voit dans la rue un chien tenant dans sa gueule une tête humaine. Joude prendra alors la décision de partir sur le champ avec sa jeune femme et sa petite fille, alors âgée de quelques mois.

C’est sur les routes de l’exil que nous les suivons alors : Istanbul, Ismir, la Grèce puis enfin la France où ils sont maintenant installés.

Ce qui m’a le plus frappée dans ce récit, c’est l’urgence avec laquelle il faut prendre la décision de partir en laissant tout derrière soi, et ce parfois à plusieurs reprises. Joude avait toujours sur lui dans une pochette ses papiers d’identité ainsi que les photocopies de ses diplômes. Sans parler des dangers à affronter sur la route et notamment la traversée à bord d’un canot en plastique jusqu’à l’île de Léros.

Joude, sa femme Aya  sont installés maintenant dans un petit village près de Rennes où ils poursuivent leurs études universitaires.

La petite Zaine a maintenant une petite soeur née il y a quelques semaines. Bienvenue en France à cette courageuse famille.

Je viens d'Alep : Itinéraire d'un réfugié ordinaire par Jassouma

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« Leçons de conduite » d’Anne Tyler Ed 10-18

« Leçons de conduite » est le troisième roman d’Anne Tyler que je lis.  Elle aborde dans celui-ci, pour lequel elle a obtenu le Prix Pulitzer en 1989, le thème du couple.

Maggie, l’héroïne, est une sorte de Gaston Lagaffe au féminin. Principalement dans ses relations avec ses proches.

Alors qu’elle est en train de s’apprêter pour se rendre aux obsèques du mari de sa meilleure amie, elle croit reconnaître à la radio la voix de son ex-belle-fille Fiona intervenant dans une émission donnant la parole aux auditeurs. Cette voix explique qu’elle va se remarier, sans amour cette fois-ci mais pour la sécurité.

Le sang de Maggie ne fait qu’un tour : elle doit à tout prix empêcher Fiona de faire cette bêtise car elle est persuadée que son fils Jesse veut absolument reprendre la vie commune et élever sa fille.

Maggie va user de toute la persuasion dont elle est capable pour qu’Ira, son mari, accepte de faire un détour afin de s’arrêter au domicile de la jeune femme.

La route ne sera pas de tout repos et les quelques haltes, forcées ou non, que le couple devra effectuer seront l’occasion pour nous d’en découvrir un peu plus sur eux et l’histoire de la famille qu’ils ont fondée.

J’ai mis quelque temps à accrocher à la personnalité de Maggie. Elle me tapait un peu sur les nerfs. Et puis, chemin faisant, je me suis attachée à elle ; j’ai été touchée par son désir de bien faire et sa maladresse. Finalement, elle a fini par me faire rire.

Encore un bon roman d’Anne Tyler que vous pouvez découvrir.

Leçons de conduite - Anne TYLER

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« La servante écarlate » de Margaret Atwood Pavillons Poche Robert Laffont

Margaret Atwood, l’une de mes auteures préférées, a publié ce roman en 1985. J’avoue qu’en lisant le résumé de la quatrième de couverture, je n’avais jusqu’à présent pas été attirée par cette histoire.

Mais la nomination de Trump, l’évolution de la situation aux Etats-Unis m’a donné envie de le lire.

L’auteure place son histoire à une époque pas très bien définie dans le temps : futur proche ou lointain, rien ne permet de le dire. Ce que l’on sait, c’est que la fécondité a fortement chuté et que très peu de femmes peuvent encore donner naissance à un enfant.

Dans la République de Gilead, des fanatiques religieux ont pris le pouvoir, bouleversant complètement la vie de milliers de gens. Certains ont réussi à s’enfuir tandis que d’autres se sont convertis, à défaut pliés, au mode de vie imposé par le nouveau gouvernement.

Tous ceux qui sont considérés comme impurs, déviants ou ne pouvant s’adapter sont soient assassinés ou déportés. Les femmes en âge de procréer sont regroupées dans un Centre où elles sont dressées, formatées pour devenir des mères porteuses pour les familles aisées. Ce sont les servantes écarlates.

La narratrice se nomme Defred. C’est ainsi qu’elle a été rebaptisée, cela signifie qu’elle appartient à Fred, prénom du commandant à qui elle a été attribuée.

Elle nous raconte sa vie quotidienne sous la surveillance permanente de chaque membre de la maison, des Anges et des Yeux qui circulent dans les rues. Elle se remémore parfois sa vie d’avant : son mari, sa petite fille, ses amies.

Et elle se demande comment la société a pu basculer  :  » Rien ne change instantanément. Dans une baignoire qui se réchaufferait progressivement, on mourrait bouilli avant de s’en rendre compte. Il y avait des histoires dans les journaux, bien sûr, de cadavres dans des fossés ou des forêts, matraqués à mort ou mutilés, violentés comme ils disaient, mais il s’agissait d’autres femmes et les hommes qui faisaient ces choses-là étaient d’autres hommes. Aucun ne faisait partie des hommes que nous connaissions. Les articles de journaux étaient pour nous comme des rêves, de mauvais rêves, rêvés par d’autres. Quelle horreur disions-nous et c’était horrible, mais c’était horrible sans être crédible. C’était trop mélodramatique, cela avait une dimension qui ne faisait pas partie de vos vies. »

Puis vint le jour où toutes les femmes actives ont été virées manu militari de leur lieu de travail, leurs comptes bancaires bloqués. Beaucoup ont atterri au Centre où on leur apprend, de force si nécessaire, à baisser la tête, à se taire, à accepter de se faire violer (il n’y a pas d’autre mot) une fois par mois au cours d’ un rituel qui pue l’hypocrisie religieuse et la bien pensance. Le seul but étant de donner un enfant au couple à qui elles ont été prêtées.

Margaret Atwood dans ce roman rejoint la pensée de Simone de Beauvoir pour qui il suffirait d’une crise économique pour qu’on en vienne à nouveau à s’en prendre aux femmes et à leurs droits. Elle explique que « la fondation profonde des Etats-Unis n’est pas l’ensemble de structures de l’âge des Lumières du XVIIIème siècle, relativement récentes, avec leurs discours sur l’égalité et la séparation de l’Eglise et de l’Etat, mais la brutale théocratie de la Nouvelle-Angleterre puritaine du XVIIème siècle, avec ses préjugés contre les femmes, et à qui une période de chaos social suffirait pour se réaffirmer. »

Et quand on regarde attentivement ce qui se passe aux Etats-Unis (mais pas que) : remise en cause du droit à l’avortement, accès difficile à la contraception, discours racistes etc… , on se dit qu’il y a péril en la demeure et qu’il convient d’être extrêmement vigilant.

La Servante écarlate par Atwood

 

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 » La tresse » de Laetitia Colombani

Quel bon moment de lecture je viens de passer à lire ce roman (qui ferait un très bon sujet de film d’ailleurs) !

« La tresse » raconte trois moments dans la vie de trois femmes vivant dans des continents différents, chacune ayant un combat à mener. Si elles ne se connaissent pas et ne se rencontreront même jamais, leurs choix et les actes qui en découleront auront des répercussions sur la vie de chacune.

Je ne veux rien dévoiler de l’histoire mais je vous invite à découvrir ces trois héroïnes : Smita, Intouchable vivant en Inde, veut changer le destin de sa petite fille et lui permettre d’entrer à l’école.

Giulia va devoir sauver de la faillite l’entreprise familiale créée en Sicile depuis presque un siècle.

Sarah, l’avocate si dynamique et performante de Montréal devra affronter la maladie.

La tresse par Colombani

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 » Je suis ici pour vaincre la nuit » de Marie Charrel Fleuve Editions

La narratrice, alors âgée de 8 ans, remarque lors d’un dîner chez un oncle un petit tableau, « un petit tableau de rien du tout » représentant une jeune mauresque. Ce portrait l’attire, comme s’il avait quelque chose à lui révéler.

A son grand étonnement, les convives réunis autour de la table ne veulent pas répondre à sa question : qui a peint ce tableau ? Bien au contraire, un grand sentiment de malaise semble se déployer.

Ce n’est qu’arrivée à la trentaine, que la jeune femme va découvrir que c’est une de ses grands-tantes, Yo Laur, qui est l’auteure de ce portrait. Elle va alors partir sur les traces de cette ancêtre dont personne ne parle.

Elle va ainsi découvrir que Yo Laur était une artiste connue à son époque, notamment pour ses scènes de chats et dans sa maturité ses portraits de femmes peints à Alger.

Dans le même temps, la jeune femme mène une recherche sur l’identité de son père biologique.

L’auteure donne la parole à tour de rôle dans de courts chapitres successifs à la narratrice et à Yo Laur. On découvre que cette artiste était une femme éprise de liberté, qui a dû batailler ferme contre son milieu bourgeois pour mener sa vie comme elle l’entendait. Elle était persuadée que la Vie n’attend pas :  » Telle est la leçon du moment : il ne faut jamais attendre. Il convient de se précipiter sur tout, de cueillir les rencontres sans délai, d’aimer à n’en plus finir, dans la démesure, de ne jamais avoir peur de l’excès, mais au contraire de l’aimer jusqu’à l’ivresse. Il est la vie. La vie n’est pas l’attente ni la pudeur. Elle n’est pas douce. Avec les dents, il faut tout lui arracher ; avec les crocs, il faut tout dévorer, tout salir, semer le bazar partout jusqu’à s’abîmer la peau, se bousiller les os, sinon à quoi bon ? »

Yo Laur est le pseudonyme que s’est choisi Laure, Alice, Yvonne Brunel pour bien se différencier des tableaux de son père, artiste reconnu à la fin du 19ème siècle. On peut trouver des photos de ses toiles, notamment sur des sites d’enchères américains car elle est très côtée aux Etats-Unis alors que complètement oubliée en France.

 » Je suis ici pour vaincre la nuit  »  est un remarquable portrait d’une femme qui est restée fidèle à ses convictions jusqu’au bout. Elle a été déportée à Ravensbrück en Août 1944 alors qu’elle est âgée de 66 ans et s’y éteindra le 10 Novembre 1944.Je suis ici pour vaincre la nuit par Charrel

 

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« Luz ou le temps sauvage » d’Elsa Osorio

Je suis abonnée depuis six mois à La Kube : j’indique le genre de livres que j’ai envie de découvrir, un libraire me fait une proposition que j’accepte ou pas et quelques jours plus tard, je reçois ma boîte contenant le roman, du thé, des marque-pages, des extraits de livres, plein de petits cadeaux (éventail, bougies, chocolat etc..).

Je trouve ce concept génial surtout que les romans reçus sont de belles découvertes et d’auteurs qui m’étaient inconnus jusqu’alors.

C’est dans le cadre de la Kube que j’ai donc reçu « Luz ou le temps sauvage ».

Luz est née à Buenos-Aires en 1976. Elle a grandi dans une famille aisée et à l’abri des tourments de la dictature qui sévissait pendant ces années là. Son grand-père maternel est d’ailleurs un colonel très puissant. Mais Luz, depuis toute petite, souffre de crises de panique, de cauchemars dont le pédiatre  ne peut expliquer la cause.

Si la petite fille se sent très proche de son père, elle rencontre des difficultés relationnelles avec sa mère. Les tensions s’aggraveront après la disparition de son père et quand Luz deviendra mère à son tour à 22 ans, elle entamera des recherches sur son identité.

En effet, elle a découvert quelques années plus tôt, les horreurs commises par les militaires pendant la dictature : les enlèvements, les tortures, les bébés volés à la naissance à leurs mères détenues qui étaient peu après tuées.

Ce roman dévoile d’une façon que j’ai trouvée formidable car il n’y a pas de pathos, tout est très justement dit : la situation en Argentine dans le milieu des années 70, les comportements des fachos et de ceux qui voulaient rétablir la démocratie (les subversifs).

Il touche aussi au secret de famille et à la vérité sur la filiation.

C’est un excellent roman construit en trois parties. Il n’y a pas de chapitres, seulement une suite de réflexions des personnages impliqués (un peu comme si on lisait dans leurs pensées). L’intrigue est très forte, on se demande vraiment ce qui va se passer et comment tout va se terminer.

 

 

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