« Low Down, Jazz, came et autres contes de la princesse be-bop » de A.J. ALBANY Editions 10-18

Low Down n’est pas un roman mais le témoignage de la fille du grand pianiste de jazz Joe Albany.

Construit sous la forme de très courts chapitres introduits par un thème, de la rencontre de ses parents à la disparition de son père.

Avec une écriture puissante, Amy Joe Albany nous décrit son enfance. Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans l’ambiance : « Maman et Papa se lancèrent sans tarder dans leur histoire d’amour inconsidérée. Sheila laissa tomber le jeune batteur avec qui elle était en ménage et dont elle attendait un bébé, accoucha d’une petite fille, et la fit adopter par un couple sans enfant de la Bay Area. Une semaine plus tard, en 1960, pour le 28ème anniversaire de ma mère, mon père et elle se marièrent à San Francisco. Ils louèrent un petit appartement à Hollywood et le retapèrent grâce à l’argent gagné par Maman avec l’adoption. Je vins au monde en février 1962 – j’aimerais dire que ce fut un heureux événement mais les traces d’aiguille qui parsèment les bras de ma mère sur les photos où elle me tient me laissent songeuse. »

La situation est très claire : la petite fille sera abandonnée par sa mère, élevée par son père, grand pianiste de jazz, ami de Charlie Parker, Dizzie Gillespie. Toutefois les addictions de son père (drogue, alcool) le feront tomber dans l’oubli.

Si la petite fille voue un immense amour à son père, on se demande comment elle a pu affronter tant de situations effrayantes : « J’étais loin d’être la petite fille en meilleure santé du quartier, mais je survécus, ce dont il faut se féliciter sans doute. Je décidai d’établir une petite liste, dans ma tête, des choses essentielles. Outre la nourriture, il y avait le tourne-disque pour le plaisir et l’étouffement des bruits désagréables, et le sommeil. Pour dormir, j’avais besoin d’un pyjama, et j’étais très attachée à mon pyjama en flanelle, dedans je me sentais comme en sécurité. »

Elle assistera aux crises de manque de son père, à ses nombreuses tentatives de sevrage, tentera de réguler son alcoolisme. Elle devra composer avec les absences de son père qui la laissait seule même petite dans l’appartement, ou les pervers à qui il la confiait parfois et dont elle n’osera jamais lui parler de leurs attouchements, accepter les nombreuses compagnes éphémères qui traverseront la vie du pianiste.

A l’adolescence bien sûr, tout cela ne sera pas sans conséquence sur son comportement : « Je devais parler à Mamie. Elle me dirait certainement que je n’étais pas une si idiote ou mauvaise fille et que, vu l’étoile pourrie sous laquelle j’étais née, je ne m’en sortais pas si mal, non ? »

Amy Joe ALBANY se raconte tout simplement, et moi, je me suis demandée tout au long des pages comment une petite fille pouvait vivre toutes ces horreurs. Elle a apparemment fait preuve d’une grande résilience. J’aurais envie maintenant de savoir comment elle a construit la suite de sa vie.

Low down : jazz, came, et autres contes de la princesse be-bop - Amy Joe ALBANY

 

 

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« Nous rêvions juste de liberté » d’Henri Loevenbruck chez Flammarion

Partons pour les Etats-Unis, dans la petite ville de Providence.

Hugo, adolescent, vient de perdre sa petite soeur, écrasée par un camion. Sa mère est effondrée, vit repliée sur elle-même, son père ne s’intéresse plus à lui depuis longtemps si ce n’est pour le tabasser de temps à autre.

Renvoyé de son lycée, Hugo a été inscrit dans un lycée privé où dès les premiers jours, il se mettra à fréquenter la bande de marginaux de cet établissement. C’est une belle histoire d’amitié qui va démarrer et se renforcer autour de la mécanique et des motos.

Toutefois, arrivés à la vingtaine et après une énième bêtise qui risque cette fois de leur coûter très cher, Hugo et ses potes vont quitter Providence afin de goûter à l’indépendance et à la liberté. Seul, Freddy, meilleur ami d’Hugo et chef de la bande, refusera de les accompagner.

C’est à un road-movie que nous convie alors l’auteur : la traversée des Etats-Unis d’Est en Ouest, les larcins, la drogue, les codes, les us et coutumes des clubs de motards, les rixes.

La dérive sera telle que 3 cadavres joncheront la route de la bande des Spitfires. La liberté des années de route aura un prix, très lourd à payer.

Nous rêvions juste de liberté par Loevenbruck

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« Les mortes eaux » d’Andrew Michael HURLEY

La famille Smith vit à Londres dans les années 1970. La mère est très pieuse et fait participer sa famille, chaque année pendant les fêtes de Pâques, à une retraite spirituelle. Son souhait : qu’un miracle ait lieu afin que son fils aîné Andrew, qui souffre d’une déficience mentale et reste muet, soit guéri.

Cette famille entraîne toujours avec elle des voisins très impliqués dans la vie de la paroisse. L’année où se déroule le roman, ces pèlerins retournent dans le petit village du Nord de l’Angleterre où se trouve une « eau miraculeuse ». La petite troupe n’était pas revenue depuis le décès de leur vieux prêtre.

Or, cet endroit, qui semble perdu au bout du monde, est bien lugubre : ses habitants semblent sortis d’un autre siècle et pourraient bien appartenir à des groupes satanistes.

C’est Toton, le cadet de la famille Smith, qui nous raconte cette histoire, dressant tour à tour le portrait des personnages, parfois bien peu reluisants dans leurs convictions religieuses.

Si le texte est particulièrement bien écrit : « Il se passait tellement peu de choses sur l’île que les souvenirs duraient aussi longtemps que les hivers sauvages par lesquels débutaient presque toutes les histoires du Père Bernard. » et rend l’atmosphère de l’endroit, j’avoue que j’ai été déroutée par ce roman, que l’on m’avait présenté comme relevant du genre policier.

Il n’y a pas d’intrigue policière à proprement parler. J’avoue ne pas être certaine de bien avoir compris la fin. Légère déception donc.

Les Mortes-Eaux par Hurley

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« Mazie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés » de Jami Attenberg aux éditions Les Escales

La découverte de la ville de New York avait été pour moi un véritable bonheur. Je m’étais particulièrement sentie comme un poisson dans l’eau à Manhattan. C’est certainement la raison pour laquelle j’apprécie les romans qui se déroulent dans la grande pomme.

Et j’ai aimé ce livre. Ce n’est pas un roman, il est construit sous la forme d’un journal entrecoupé de témoignages d’amis ou de connaissances de cette fameuse Mazie, qui a réellement existé.

Mazie tient la caisse du cinéma le Venice dans le quartier populaire de Bowery à Manhattan. Si elle a parfois l’impression d’être comme un poisson retenu dans un bocal dans la journée, la jeune femme participe pleinement à la vie du quartier. Devant son cinéma, toute une foule hétéroclite avec des personnages parfois hauts en couleurs se croise.

Mazie et sa plus jeune soeur Jeannie ont été recueillies toutes petites par leur soeur aînée Rosie et son mari Louis afin de les protéger de la violence de leur père. Mazie restera toute sa vie auprès de Rosie. Des hommes croiseront sa route, partageront son lit mais Mazie restera foncièrement attachée à son indépendance.

Quand survient la crise de 1929 et les conséquences que l’on connaît, Mazie décidera de voler au secours de tous les sans-abris, distribuant son argent pour les aider, passant ses nuits à arpenter les rues de Manhattan afin d’être sûre de n’oublier personne.

Mazie deviendra un personnage de son quartier. Jami Attenberg nous fait avec ce livre le cadeau d’un beau portrait de femme.

 

Mazie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés par AttenbergAfficher l'image d'origine

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« Une victime idéale » de Val MacDermid

Les corps horriblement mutilés de deux jeunes femmes sont retrouvés à une semaine d’intervalle dans une petite ville du Yorkshire. Les deux victimes présentaient des ressemblances physiques : même corpulence, yeux bleus, cheveux blonds.

Fait troublant : le lieutenant de police chargée de l’enquête trouve que leur apparence physique est très proche de celle de son ancienne patronne, l’inspecteur Carol Jordan.

Alors quand Tony Hill, psychiatre profileur pour la police et ancien compagnon de Carol Jordan, est suspecté des meurtres et arrêté, le lieutenant Paula Mac’Intyre va tout mettre en oeuvre, quitte à se mettre en porte à faux avec sa hiérarchie, pour démasquer le vrai coupable.

Le génie de Val MacDermid c’est qu’elle nous fait nous sentir à l’aise tout de suite dans le roman alors que ses personnages principaux sont récurrents et font partie d’une série. Elle installe très vite la personnalité de chacun, leurs rôles et on n’est pas trop frustré à la lecture de ne pas connaître les épisodes précédents.

Chaque chapitre donne essentiellement la parole à tour de rôle à chacun des protagonistes de l’histoire. Ceux du psychopathe sont particulièrement glaçants. L’auteure se sert également de l’histoire pour aborder des sujets féministes et  notamment l’homosexualité féminine.

L’histoire fonctionne très bien même si on est certain que Tony Hill est innocent. Ce qui est intéressant, c’est de voir comment l’accusation va être démontée et ce qui va permettre de débusquer le coupable.

J’ai envie maintenant de découvrir les romans précédents.

Une victime idéale par McDermid

 

 

 

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« Les rêves en noir et blanc » d’Hanna Vernet chez IS Edition

Très belle découverte que ce roman, très court (moins de 100 pages) mais d’une grande intensité de lecture.

Philea, la trentaine, est célibataire. Pas vraiment par choix mais parce qu’elle n’a rencontré que des hommes qui l’ont blessée, à commencer par son premier amour qui lui a déchiqueté le coeur.

Elle est bien décidée à ne plus jamais dire « je t’aime » et à continuer à se préserver. Mais sa rencontre avec Théodore va la faire changer d’avis. Si tout chez lui l’énerve (son ironie, son sans-gêne) voire la répulse, elle finira par accepter un premier rendez-vous qui débouchera sur une histoire d’amour.

Seulement quand deux êtres qui peinent  à s’aimer eux-mêmes se rencontrent, il est bien difficile de construire quelque chose de durable ou au moins  d’être dans une relation apaisée.

Théodore, du jour où Philea lui avouera son amour, prendra ses distances. Philea, que l’amour rend malade physiquement, tentera de se débarrasser de cette peur d’aimer qui la ronge :  » Tout tourne dans sa tête. Peut-être qu’elle s’est trompée de rêve. Le noir a des nuances. Cette boule dans l’estomac ne grossit plus, d’ailleurs. Comme si elle avait fini de grandir. Mais Philea sent comme des ramifications dans tout son corps. Est-ce qu’elle va devenir un arbre ? Un arbre dont les racines plongeraient au coeur même de son mal ? La boule a peut-être un message pour elle. Elle doit aller fouiller au fond de ses viscères pour le déchiffrer. Il y aura des larmes, du sang. Mais elle doit le faire, c’est vital. Ca s’impose à elle. Il n’y a plus de dieu, elle va descendre seule aux Enfers. »

A vous de lire le roman pour savoir si Philea ira au bout d’elle-même. Vous ne serez pas déçu tant l’écriture de cette jeune auteure toulonnaise est puissante et profonde.

Les rêves en noir et blanc par Vernet

 

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« Le ruban » d’Ogawa Ito chez Picquier Poche

OGAWA Ito est une auteure de livres pour enfants très connue au Japon. Ceci explique peut-être la douceur, la tendresse de son écriture.

Une grand-mère, ancienne chanteuse d’opéra, passe ses journées assise devant la fenêtre de sa chambre à observer les oiseaux nichant dans un arbre tout proche. Un jour, elle fait découvrir à sa petite fille qu’elle a mis à couver à l’intérieur de son chignon 3 oeufs tombés d’un nid. Avec grand soin et patiente, elles vont s’en occuper jusqu’à ce qu’enfin un oisillon naisse.

L’oiseau est une perruche à la huppe et au plumage jaune vif. Le fait d’avoir fait quelque chose en commun a profondément rapprocher la petite fille de sa grand-mère. D’ailleurs, cette dernière a nommé l’oiseau Ruban, afin de symboliser le lien qui les unit maintenant toutes les deux.

Ruban s’envolera un beau jour, disparaissant de leur vie. Mais le lecteur suit les aventures de ce petit oiseau qui, de maître en maître, d’appartement en refuge pour oiseaux, rencontrera des humains plus ou moins heureux dans leurs histoires personnelles.

Ruban apportera à chacun d’eux la flamboyance de son plumage mettant ainsi un peu de couleur dans la vie de tous les jours.

OGAWA Ito nous avait déjà régalé avec « Le restaurant de l’amour retrouvé ».

Le Ruban de OGAWA Ito

 

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